jeudi, juin 02, 2005

5 objections au logiciel libre

1. Le logiciel libre détourne l'attention des enjeux sociaux liés à l'informatisation du travail.

Le logiciel libre est à l'informatique ce que le développement durable est pour le développement. C'est-à-dire une manière de restreindre des enjeux sociaux cruciaux à des questions techniques, de portée plus limitée. Le logiciel libre s’oppose ainsi au logiciel payant.

Mais qui peut s’opposer à la fois au logiciel libre et au logiciel payant ? C’est-à-dire à l’informatisation à outrance du travail ? Au gigantisme des organisations de travail (multinationales et administrations) qui découle de cette informatisation ? A l’intensification du travail ? etc.

Etre responsable, défaire l'emprise de l'informatique sur le travail


2. Le logiciel libre fait croire à un capitalisme à visage humain.

Les partisans du logiciel libre n’ont de cesse de dénoncer les monopoles tels que celui de Microsoft. Mais ce faisant, ils ne font que préconiser une économie de prestations de service, à la place d’une économie de produits. On ne fait que passer d’un « business model » à un autre. On ne remet nullement en cause la puissance démesurée de l’industrie informatique, compte tenu de l’absence de contre-pouvoirs et de débats publics. Au contraire, on relance et on légitime la démesure informatique.

Le logiciel libre nous confirme donc dans notre impuissance face à cet « impensé informatique» (selon l’expression de Pascal Robert), où les seuls discours autorisés à son propos sont de l’ordre des « batailles » industrielles d’un côté, et de l’étroite spécialisation technique des professionnels de l'autre.

L'impensé informatique


3. Le logiciel libre complète, plutôt que ne concurrence, le logiciel payant.

Les grandes organisations, et particulièrement les multinationales, sont bien équipées en matière de progiciels (ERP, CRM, etc.) dont les coûts d’achat et de mise en place sont souvent hors de portée des plus petites entreprises. Ce type de business était de fait réservé au gros éditeurs (SAP, …) et aux grosses SSII.

Par contre, avec le logiciel libre, les PME deviennent un marché accessible. La boucle est bouclée : les PME font pouvoir être reliées informatiquement aux multinationales, et suivre les mêmes modèles de gestion, de contrôle et d’intensification du travail.


4. Le logiciel libre diffuse le productivisme.

Bien loin de constituer une nouveauté radicale, l’infrastructure informatique donne corps à des doctrines managériales productivistes qui ont leur consistance historique, par ailleurs ajustées au contexte consumériste plus global de nos sociétés.

Le logiciel libre ne change rien à cela. Au contraire, il aggrave la situation en abusant du mot « libre » qui fait croire que l’informatique pourrait être quelque chose de subversif. Or, il n’en est rien. Le logiciel libre de fait qu’ôter quelques barrières économiques et juridiques qui pouvaient dans certains cas ralentir la diffusion de l’informatique.


5. Le logiciel libre fait croire en l’immatérialité de l’économie.

Le débat sur le logiciel libre est excessivement « technique », en cela qu’il est centré sur les aspects de l’informatique pure. On pense ainsi très mal l’informatique, car on raisonne toujours indépendamment des usages concrets.

Or, la diffusion de technologies de l’information et de la communication (TIC) ne fait qu’accélérer des échanges commerciaux qui se soldent par le transport de marchandises bien réelles.

La logistique moderne promet ainsi, par l’informatisation de la chaîne logistique, de produire et de diffuser les marchandises à la demande, à partir des données issues de l’emprise publicitaire et marketing. Cette logique de flux tendu informatisé, réservée à l’usage des consommateurs occidentaux, ne doit pas nous faire oublier les conséquences écologiques dramatiques sur l’environnement global. La production à la demande est concomitante avec celle de flux de marchandises trop petits pour le transport ferré, ce qui a pour conséquence l’accroissement phénoménal du trafic routier (responsable en Europe de 84 % des émissions de CO2 imputables aux transports).

Relocaliser l'économie, désinformatiser le travail

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Vecam, association qui, tout à la fois, "s'est engagée à nourrir une réflexion prospective sur les enjeux sociétaux liés aux technologies de l’information" et "à mobiliser les technologies de l’information et de la communication au service de la transformation des sociétés contemporaines" accueille nos objections au logiciel libre... et des objections à ces objections :
http://www.vecam.org/article.php3?id_article=456




6 Comments:

Blogger Alexandre Santos said...

5 objections à l'alphabetisation

1. L'alphabetisation détourne l'attention des enjeux sociaux liés au travail:
Apprendre à lire nous prépare à servir de rouage dans la nouvelle société de services. Soyons responsables, soyons analphabètes!

2. L'alphabetisation fait croire au développement personnel.
On prétend que l'alphabetisation nous donne les outils pour comprendre le monde, alors que en réalité elle permet à la pub de nous bourrer le crâne. Défendens-nous, soyons analphabètes!

3. L'aphabetisation complémente l'endoctrinement de masse, plutôt que de développer l'esprit critique.
On dit que l'alphabetisation permettra aux gens de se défendre de l'abrutissement de la société, mais en réalité on crée de parfaits petits bourges frustrés prêts à tout pour défendre leur bout de frommage rassis. Restons analphabètes, pour échapper à la médiocrité des jobs McDo!

4. L'alphabetisme diffuse le productivisme.
Pour le bonheur des innocents, brûlons tous les livres, et restons analphabètes!

5. L'alphabétisme fait croire en l'immatérialité de la culture.
Les livres d'histoire privent les conteurs de leur travail légitime. Brûlons les livres pour la sauvegarde de ces valeureux artisans!

Mais surtout, et en fin de compte, n'oublions pas que pour lire et écrire sur ce blog il fallait avoir des ordinateurs (dans mon cas tournant sous des logiciels libres: linux+firefox) et savoir lire et écrire.

Donc tout ce qui précède (billet plus commentaire) est automatiquement décredibilisé!

11:07 PM  
Blogger Deun said...

Comparer l'informatisation à l'alphabétisation pour défendre l'informatisation, voilà qui confirme l'hypothèse faite sur le forum Vecam : les partisans du logiciel libre ne parlent pas d'informatique et ne veulent pas en parler.
Deun

2:10 PM  
Blogger rixed said...

L'ennemi de l'homme n'est pas le travail mais la propriété.

L'informatique est un moyen de production (et aussi un moyen de création et
de divertissement), mais c'est aussi une remise en question, partielle, de la
propriété, pour plusieurs raisons :

- D'abord, la micro-informatique est facile d'accès (faisant parfois ressembler les informaticiens à des artisans plus qu'à des ingénieurs). C'est un moyen de production abordable financièrement, dont on peut disposer chez soit.

- Ensuite, la reproductibilité des programmes produits contredit la réalisation pratique de la propriété (le droit d'auteur n'est qu'un droit
moral, alors que la propriété nécessaire au commerce impose la non reproductibilité du produit pour qu'il devienne une marchandise, ce qu'il est
quasiment impossible d'empêcher techniquement).

Le mouvement des logiciels libres nie expressément le droit des producteurs à
restreindre la reproduction (et même, avec la GPLv3, à aider la mise en place
de tels systèmes). En d'autre termes, ce mouvement vise à empêcher les
programmes à devenir des marchandises. Certes cette entorse au commerce n'est
pas revendiquée par le mouvement du logiciel libre (bien au contraire, cette
communauté ne rate pas une occasion de s'en défendre), mais dans les faits la
contradiction entre commerce et propriété est belle et bien présente et ne
doit pas être sous-estimée.

A moins de croire sérieusement qu'il est possible de fonder une économie
marchande sur la base de produits dont on ne peut techniquement assurer la
propriété ; mais alors, il faut revoir nos classiques ...

11:53 AM  
Blogger Deun said...

Encore un présupposé : la propriété c'est vilain, être contre la propriété c'est radical.
Mouais.
La propriété ça apprend aussi à être responsable. Mais peut-on être responsable en revendiquant la liberté de diffusion d'outils dont on se moque par ailleurs de savoir à quoi ils servent ?

Un peu de gratuité n'est en rien contradictoire avec la création d'un marché pour internautes ne vivant que par leurs prothèses numériques. Encore faut-il qu'ils soient connectés préalablement. Le logiciel libre trouve toute sa "pertinence" dans l'accès, dans l'interropérabilité, bref partout où se joue la croissance des infrastructures numériques (qui fonctionne très classiquement avec des machines qu'on achète et qu'on possède, fonctionant avec de l'électricité qu'on achète aussi, et des serveurs pas virtuels du tout dans des pièces climatisées qui appartiennent aussi à des personnes, etc). C'est là que le libre prospère.

Pour les autres types de logiciel, c'est simplement un changement de modèle économique : on fabrique des usines à gaz gratuites impossible à faire fonctionner sans payer un expert ; bon bah on va payer l'expert, ça change un peu de payer le logiciel mais pas d'expert mais rien qui justifie qu'on nous rabatte les oreilles avec le libre.

Ensuite, qu'on ne vienne pas dire que l'espace accédé n'est pas marchand juste parce que la fabrication de cet espace n'est pas due à la pure mécanique marchande. Ca n'a jamais été le cas pour aucune infrastructure (routes, rail, électricité, etc).

4:59 PM  
Blogger Goupil said...

Très bonnes les objections à l'alphabétisation, elles ne contredisent en rien les objections au logiciel libre.

6:25 PM  
Blogger Brulien said...

Pourquoi cet article ?
Le logiciel libre c'est pourtant le comble du summum du travail collaboratif, de l'extension de la sphère de la gratuité (sous forme dématérialisée par-ce que c'est plus facile).
C'est un outil qui ne doit rien au capitalisme et qui n'a rien à voir avec lui, ce n'est pas un "modèle économique". Il y a certes quelques logiciels qui vont etre utilisés à des fins capitalistes, mais de toute façon le capitalismes est partout ...

11:09 AM  

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